Satan et le vent du Hartz 2

Publié le par Dan Rodgerson

Le début de cette histoire est ici.

 

Dans les familles, les querelles et les disputes éclataient à tout propos : une chausse mal lacée, une chemise insuffisamment rapiécée, un repas pas assez salé, un feu mal entretenu. La femme se mettait à détester son mari, le frère sa sœur, le neveu sa tante, la petite fille son grand-père. Quand la zizanie était semée, il lui suffisait de faire confiance aux uns et aux autres pour qu’ils cherchent des moyens de se nuire. La liste était toujours très inventive. Des noyades, des strangulations, des empoisonnements et tant d’autres.


Une simple dispute de voisinage entre deux seigneurs, hier encore amis à la vie à la mort, dégénérait très vite en combats, assauts de château fort, massacres de toutes sortes. Au gourdin et à la faux pour les plus pauvres, à la hache, à la lance, à l’épée et à la masse d’armes pour ceux qui avaient davantage de  moyens. Il assistait quelquefois à ces batailles. De loin. Un coup mal placé est si vite donné ! Il ne voulait pas être blessé. Il appréciait en particulier les affrontements où les combattants se taillaient en pièces avec enthousiasme, coupant ici un bras, arrachant là une tête ou une jambe, fendant ailleurs un crâne.


A la fin de la journée, sur les champs de bataille rougis par le sang versé et bruissant des gémissements des agonisants, il n’avait qu’à venir se servir en âmes fraîches. Les mourants, tout à leur douleur, n’avaient plus la force de confier leur âme à Dieu.


Quand les guerres se faisaient plus rares, il fallait renouveler le stock des combattants, il lui était toujours possible de provoquer une famine. Détruire des récoltes rien de plus simple. Propager une épidémie, le premier démon venu savait faire ça. Chacune de ces catastrophes ramenait son lot d’âmes égarées.

« Une époque réjouissante, songeait-il inquiet en voyant désormais les hommes se débrouiller sans lui. »

Ils l’invoquaient de moins en moins souvent. Pas un jour, pas une semaine sans qu’il apprenne qu’une famine ou une guerre menaçait de ci de là. Des calamités dont il n’était pas responsable ! Un comble !


« Bientôt l’humanité va penser que je n’existe plus, confiait-il à de jeunes diablotins. Quelle ingratitude ! Après tout le mal que je me suis donné !

- Voulez vous faire griller vous-même une jeune âme, proposa l’un. J’ai rapporté quelques jeunes enfants qui n’ont pas été baptisés. Cela vous distraira.

- Que diriez-vous d’une brochette de bébés rôtis ?

- L’âme d’une jeune fille morte le jour de son mariage vient d’arriver. Voulez-vous la faire bouillir ? »

Satan balaya toutes ces suggestions avec lassitude quand un démon dit :

« Faites un voyage ! Il paraît qu’à Strasbourg, la Cathédrale a la plus haute flèche de la Chrétienté et que les habitants sont…

- Que dis-tu là ? »


Le jeune diablotin interpellé se cacha derrière un de ses camarades, craignant la colère de son maître.

« Répète, te dis-je, l’invectiva Satan ! »

Rougissant autant qu’il le pouvait, le jeune démon s’exécuta.  Il fut surpris quand il vit un large sourire s’élargir sur le visage de Satan.


« Strasbourg, bien sûr ! Je vais aller constater par moi-même ce que tu racontes. Un voyage me fera du bien. Que l’on prépare mon destrier. »

Ainsi fut fait. Depuis la montagne de Walpurgis accourut le Vent du Hartz qui délaissa pour un temps les sorcières qui y préparaient un grand sabbat.

A cheval sur son fier coursier, enjambant montagnes et forêts, lacs et prairies, villages et châteaux, Satan atterrit devant la Cathédrale.


Il retrouva la ville avec émotion.

Il se rappela son dernier passage dans la ville. Une petite centaine d’années tout au plus, bien peu de temps en vérité quand on a l’éternité devant soi. La peste y avait décimé une grande partie de la population. « Une belle idée, cette épidémie, songea-t-il. » Les habitants ne comprenant pas la cause du mal en avaient très rapidement rejeté la faute sur les Juifs qui travaillaient dans la ville. Ils avaient été massacrés. « J’avais eu raison de propager cette rumeur ; faire croire qu’ils avaient empoisonné les puits de la ville. » L’explication avait suffi à ces gens simples et le « bon droit » avait fait le reste.

Un bel arrivage d’âmes fraîches.

 

Demain suite et fin

Publié dans Conte fantastique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Hauteclaire 06/04/2011 11:05


Très belle suite, je continue !


Snow 05/04/2011 20:34


J'attends la suite pour me faire une idée si j'aime ou pas.. C'est un peu.. je te dirai. Tourlou!


Lenaïg Boudig 05/04/2011 10:38


Bonjour Dan. Suite et pas encore fin, ce matin, donc. Le Diable, ici, sous ses beaux atours et son port de noble, n'en apparaît pas moins dans toute sa cruauté. Et, même lui s'aperçoit, sans
vouloir trop se l'avouer, que les humains, dans la méchanceté et le désir de se nuire entre eux, l'ont dépassé dans la démesure ... A demain !