Défi n°52 - Satan et le vent du Hartz

Publié le par Dan Rodgerson

L’été dernier, je m’étais rendu à Strasbourg avec un ami de passage pour lui faire admirer les merveilles de la ville.

Après une promenade à travers les rues du quartier de la petite France nous nous retrouvâmes, en suivant le cours de l’Ill, devant la Cathédrale. Sur le parvis, mon ami s’étonna du vent qui y soufflait.

« C’est ainsi tout au long de l’année, lui dis-je. En hiver c’est une bise glaciale qui cingle le visage et griffe la peau ; en été, comme aujourd’hui, c’est une brise agréable qui rafraîchit. 

- C’est vrai ! Partout ailleurs dans la ville il fait moite. Et cette chaleur suffocante ! Elle  engourdit. »

 Je me lançai alors dans une explication météorologique. Il y était question de la hauteur de la cathédrale et des bâtiments environnants qui formeraient un couloir par où l’air s’engouffre. Une voix aiguë m’interrompit :

« C’est pas ça du tout ! »

Derrière moi se tenait un garçon d’une dizaine d’années. Je le reconnus pour l’avoir vu traîner quelquefois dans le coin à faire la manche. Ses yeux bleus  me fixaient intensément pendant qu’il continuait :

« Ce que tu dis, m’sieur, c’est rien que des histoires de raisonneur. Qu’est-ce qu’ils y connaissent du vent ?

 - Parce que toi tu en sais quelque chose ? s’amusa mon ami devant l’aplomb du garçon.

 - Pour sûr, m’sieur. Y’ en des qui croivent que tout s’esplique par la science. »

 J’allais chasser le garçon quand mon ami m’arrêta :

 « Si tu nous racontais ?

 - D’ac ! Mais vous me payez une glace. Une de ces grosses là-bas à trois boules ! 

 - Eh bien c’est entendu, ajouta mon ami sans me laisser le temps d’intervenir. Le marché me semble correct et honnête. »

 

Dix minutes plus tard nous étions assis tous les trois devant le grand portail. Le garçon avait dégusté sa glace et se léchait les doigts, une lueur de contentement dans le regard.

Nous oubliâmes très vite les touristes qui passaient en grappes compactes, attentives aux explications en plusieurs langues des guides. Nous ne vîmes pas davantage ceux qui s’arrêtaient de temps à autre pour prendre une photo. « Cadre bien ma chérie, qu’on voit bien tout ! » Ceux encore éructant et  parlant fort, un improbable chapeau mou en cuir sur le crâne.

Nous ne fîmes attention à rien de tout cela, captivés dès le premier instant par ce garçon que nous ne connaissions pas et dont le timbre de voix avait changé quand il se mit à raconter :

 

En ce temps là le Diable s’ennuyait. Dans son enfer tout allait pour le mieux pourtant. Les jeunes démons lui ramenaient sans cesse de nouvelles âmes qu’il ne demandait qu’à faire rôtir.  Dans de grands chaudrons sous lesquels la fournaise ne s’éteignait jamais. Il y avait bien de temps à autre un de ces damnés qui prétendait qu’il était innocent des péchés dont on l’accusait sur Terre ou qui jurait qu’il avait été mal aiguillé à sa mort, que le Paradis devait être son lot. Le Diable trouvait toujours moyen de lui faire avouer quelques erreurs commises durant son séjour terrestre. Celles-ci justifiaient largement sa présence en Enfer.

« Vous serez bien au chaud chez nous, vous verrez, ajoutait Satan qui aimait à se délecter des cris de souffrance et des supplications des suppliciés. »

Mais ce plaisir qu’il appréciait, il y a peu de temps encore ne l’intéressait plus. Son jeune temps lui manquait. Une époque où son entreprise était moins florissante depuis que l’Autre là haut avait envoyé son fils sur Terre. Pendant longtemps le Paradis n’avait pas désempli. Mais Satan aimait la compétition. Il avait inventé toutes sortes de ruses pour conquérir de nouvelles âmes. Il s’était rendu en personne sur Terre pour fomenter disputes, révoltes et guerres.

Quel temps béni où il arrivait toujours à se glisser dans le cœur des meilleurs, sans qu’ils s’en rendent compte, et à leur souffler quelques vilenies.

 

 

Je me suis laissé emporter par l'écriture.

A tous mes lecteurs je donne rendez-vous demain pour la suite.

 

Publié dans Conte fantastique

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Hauteclaire 06/04/2011 11:02


Bonjour Dan,
j'arrive pour te lire, et connaître cette légende de l'est.
Je passe à la suite !


Tricôtine 04/04/2011 23:10


c'est accrocheur avec de l'humour.... tu nous mets le cornet à moitié rempli sous le nez!!! :0) je repasserai pour la suite, suis restée sur ma faim !!


Dan Rodgerson 08/04/2011 21:08



J'espère qu'à l'heure où je t'écris tu as pu profiter de toute la légende. A bientôt. Amitiés.



Lenaïg Boudig 04/04/2011 20:47


Ah, mais si ! Askelia est déjà passée, plus laconique que moi, mais je vois que nous sommes d'accord ! A demain, oui, si la suite est postée demain !


Lenaïg Boudig 04/04/2011 20:42


Bonsoir, Dan. Quoi ? Pas un seul commentaire, ici ? Où sont donc passés les lecteurs en ce lundi ? C'est pourtant une page dans laquelle on se plonge avec plaisir et je dirais même un peu
d'inquiétude, car l'histoire n'est pas finie et le diable n'a pas dit son dernier mot !
Très amusant, ou inquiétant (?), le contraste entre la façon de parler du gamin au début (et son "croive" !) et sa façon littéraire de conter l'histoire du diable ensuite ... Je vais surveiller
l'arrivée de la fin de l'histoire ! Merci beaucoup aussi de votre visite. Amitié.


askelia 04/04/2011 17:45


à demain!


Dan Rodgerson 08/04/2011 21:09



J'espère que tu as lu l'intégralité du texte depuis ta visite. A uine prochaine.